L’AUTRE BIOPIC DE SAINT LAURENT SE JOUE À L’ETRANGE CARGO

« The United Patriotic Squadrons of Blessed Diana», Upsbd, revient à la Ménagerie de Verre pour son foutraque "Fuyons sous la spirale de l’escalier profond". La pièce avait été créée en 2013 lors des Inaccoutumés et revient cette saison à bord de l’Étrange Cargo.
Note de la rédaction : 
« Episode de la vie d’un artiste est le sous-titre de ce spectacle au titre forcément fleuve : fuyons sous la spirale de l’escalier profond. Entre Saldana et Drillet, tout a commencé au Ritz ou presque ce qui leur donne un gout certain pour le luxe, les talons hauts et le champagne. Quoi de plus glam que la vie d’Yves Saint Laurent ? On est loin ici de l’aseptisé biopic de Jalil Lespert, on est loin aussi de la beauté de Bonello.
En 2011, l’Upsbd créé Dormir-Sommeil-Profond et ridiculise la France coloniale. L’allégorie de la colonisation est un fil conducteur que le duo de performeurs aime tortiller avec truculence. Pour dire le racisme ordinaire, la suffisance et le mépris, ils nous installent ici à Marrakech où, deux biopics plus tard, tout le monde est au courant, Yves et Pierre se prélassaient loin de la fureur parisienne faite de nuits agitées.
Il y a un bon sauvage, noir très noir, nommé Giscard et vêtu comme un joueur de tennis en 1982. Campé par la géniale Agèle Micaux, le jeune « Giscard » est au centre de ce ballet qui invite les pas de Nourreev qui aurait croisé Diaghilev le lendemain de la création du Sacre du Printemps. Tout est distancié ici dans une forme de théâtre d’accumulation cher à la scène contemporaine. Jamais la voix ne se hausse dans cette performance faite d’incroyables apparitions. Sans trop en dire, révélons juste que l’arrivée sur le plateau de Pierre Bergé est renversante et que le costume de Saint Laurent est brillant.
Ici tout est copie. Les œuvres sont fausses et elles s’emparent des murs parsemés de Klee, Mondrian ou Matisse. A quoi sert l’artiste ? Finit-il par se penser lui-même comme une œuvre d’art ? Avec délire, les costumes superbes disent la folie des collectionneurs dans une quête du beau qui laisse de côté tout ce qui salit. Saint Laurent fuit jusqu’à la mort, mais qu’importe, l’amusement et la beauté sont là, le survive dans un capitalisme de gauche qui amusent jusqu’aux poupées japonaises qui défilent à ravir.
Amélie Blaustein Niddam - toutelaculture.com
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