Le couple Saldana-Drillet rend un hommage hilare au couple Saint-Laurent-Bergé

Marlène Saldana et Jonathan Drillet se font un film du couple Yves Saint-Laurent / Pierre Bergé en signant un spectacle breveté barge : « Fuyons sous la spirale de l’escalier profond ». Rien à voir avec les films récemment sortis qui cherchaient plus ou moins une imitation du réel.
Ici l’écart est diablement maximum. Marlène Saldana met sa généreuse corpulence et de faux seins gainés d’or au service de la maigreur du célèbre créateur. Quant à Jonathan Drillet il offre à Pierre Bergé un accoutrement qui va d’un buste orné d’un boudin de squelette (un peu comme Dalio dans « La règle du jeu ») à un masque de vieux décati, mi film d’horreur, mi film d’extra-terrestre, qui lui tord le visage.
Tout se passe dans un patio de Marrakech, sorte d’enclave exotique de feu les nuits du Palace, avec en guise de basse continue les  « poc » des bouchons de champagne qui explosent suivis des « pfuiiiiit » du ruissellement de leur débordement. On y parle art, affres de la création,  relation de la valeur marchande des œuvres avec leur valeur artistique (sur les murs sont exposés les œuvres de la collection Yves Saint-Laurent/ Pierre Bergé, dispersée en 2009, peintes par une flopée de copistes).
 Les bisbilles, scènes de ménages et autres mamours du couple star sont perturbés par une personne dénommée Giscard. Mouche du coche et fausse vraie femme de ménage noire (belle performance d’Angèle Micaux) qui fait un duo avec Rudolph Noureev (Guillaume Marie), lequel ouvre le bal de cette fiesta où l’on croise également deux apprentis geishas japonaises toutes papillonnantes. N’oublions pas non plus ce fêtard repenti d’Helmut assis sur son séant, jambes dépliées, évoquant la disparition Visconti où laissant suer de son âme la langue de Goethe.
D’un bout à l’autre il y a une sorte de joker langagier qui consiste à dire « Alain Minc » quand on se sait plus quoi inventer, c’est tout de même plus original que le coin-coin » du canard de service. Et comme rien n’est laissé au hasard dans cette séance faussement improvisée, il faut évoquer l’omni présence de la bande son  où la musique d’orgue d’église et Arvo Pärt sont de la fête de ce spectacle qui n’en finit pas de se faire en se défaisant. Monstrueux? Oui, monstrueusement drôle. On ne pouvait imaginer meilleur début pour ouvrir le festival étrange Cargo qui vient de débuter à la Ménagerie de verre.
Jean-Pierre Thibaudat - Mediapart
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